DE QUOI DEPEND LE CHANGEMENT VERS L’AGROECOLOGIE ?

unnamed
En Australie et en Nouvelle Zélande, j’ai exploré la thématique des possibilités de changer l’agriculture, en lien avec le contexte particulier de ces deux pays, dont le point commun est une histoire « récente ».

Cet article est loin d’être exhaustif – j’ai recueilli les réflexions d’agriculteurs australiens et néo-zélandais sur la question suivante: « En quoi le contexte de votre pays influence le changement vers l’agroécologie »?

La question est large, car le contexte l’est aussi: histoire, climat, sol, économie, valeurs sociales, religion, etc. Les agriculteurs peuvent répondre pour leur région, qu’ils connaissent bien, ou pour le pays en général.

>> Application pédagogique: les étudiants peuvent interviewer des agriculteurs autour de leur lycée, ou dans différentes régions ou pays lors de stages, puis comparer les résultats et les analyser par rapport aux contexte local.

Pour Thiago Barbosa, formateur en agriculture syntropique que j’ai interviewé en février 2018, la côte Est de l’Australie présente un énorme potentiel de changement, une opportunité pour les petites fermes bio qui peuvent répondre à une demande grandissante de consommateurs qui souhaitent des produits locaux et sains et qui disposent du porte-monnaie adéquat. Les agriculteurs construisent une relation de confiance avec la communauté. Sur la côte, les agriculteurs sont souvent double actifs et peuvent donc expérimenter de nouvelles méthodes, prendre des risques puisqu’ils disposent d’une autre source de revenus. Cette flexibilité fait partie des conditions qui facilitent la transition agroécologique.

Pete Stupka, agriculteur près de Murwillumbah en Australie, ajoute que la multiculturalité, qui vient en partie du flot d’immigration en provenance de Grèce, d’Italie, d’Israël, d’Asie, rend l’ouverture d’esprit presque obligatoire puisque les moeurs et habitudes des gens qui ont des origines diverses sont extrêmement variées. L’éleveur ajoute que cette ouverture rend le changement – notamment des pratiques agricoles – plus facile. Par exemple, le plat « traditionnel » des agriculteurs d’Australie dérive des habitudes alimentaires anglo-saxonnes et est constitué de viande et de légumes – petits pois, maïs et ou carottes. Cette tradition a tendance à s’estomper du fait de l’influence des communautés étrangères qui s’installent sur la côte australienne. De nombreux légumes asiatiques, comme le pak choï, sont massivement cultivés par les maraîchers en Australie ce qui n’était pas le cas il y a encore 50 ans, époque où la population asiatique était encore peu présente. « Aujourd’hui, si vous conduisez une heure sur la côte, vous passez devant 20 différents types de restaurants du monde » illustre Pete.

Mais dès que l’on s’enfonce dans les terres, que l’on s’éloigne du « melting-pot » de la côte, on se rapproche des exploitations qui se transmettent de père en fils sans apport de « sang neuf » et donc d’ouverture à la nouveauté. Helen Lewis, conseillère en gestion holistique et agricultrice, connaît bien cela puisque sa ferme est située suffisamment loin de la côte pour ne plus « bénéficier » de l’influence touristique et multi-culturelle. « Dans l’Ouest du Queensland, les exploitations sont familiales depuis plus de 200 ans. La rareté des mélanges culturels bloque l’entrée de connaissances et mentalités nouvelles dans les communautés d’agriculteurs ». A cela s’ajoute la rareté des formations techniques agricoles; les connaissances et compétences sont souvent transmises au sein de la famille et l’ouverture sur le monde et aux idées nouvelles est timide.

Un « vieux pays » riche de traditions, c’est… bien?

Pour David Fincham, éleveur de moutons en bio dans le Nord du Canterbury en Nouvelle Zélande, le fait que le pays des kiwis soit un « nouveau pays » est à la fois un atout et une faiblesse pour le changement vers l’agroécologie. « Les solutions peuvent venir de l’extérieur alors qu’en France, un vieux pays, on connaît bien le contexte et les techniques sont anciennes et adaptées à l’environnement mais parfois ces traditions sont difficiles à changer…

« The Land Owns Us » – s’inspirer de la spiritualité aborigène

Je me suis amusée à comparer « Landowner » et « Land Owns Us ». Les prononciations sont similaires alors que la signification est totalement différente. Le « landowner » est le propriétaire du terrain tandis que les aborigènes estiment qu’ils « appartiennent à la terre ». Les humains ne sont pas supérieurs à la nature. Il n’y a pas de propriété. Les aborigènes prennent soin de leur terre car c’est la terre-mère, les humains et la nature forment un tout. Les humains font partie de la nature et évoluent avec elle. Cette vidéo de Global Oneness Projectle montre très bien:

Charles Massy est agriculteur et scientifique, passionné d’agriculture régénératrice. Il explique dans son nouveau livre Call of the reed Warbler, que les agriculteurs australiens doivent s’inspirer de l’intime lien que les aborigènes – décimés par les colons britanniques – avaient avec la terre, un lien d’égal à égal, une connaissance et une confiance profonde difficile à décrire et comprendre quand on est occidental. « Nous avons un continent à apprendre et comprendre. Si nous y arrivons nous seront peut-être jour vraiment Australiens ».

Pour mettre en pratique l’agroécologie, notre connection à la terre, à la nature, le respect de nous-même et de ce qui nous entoure est la condition essentielle.

Pour aller plus loin:

> Poursuivez la découverte des agriculteurs interviewés en Australie et en Nouvelle Zélande

> Et bien sûr abonnez vous à la chaîne Youtube des Agron’Hommes !