UN TOUR DU MONDE « ENSEIGNER AUTREMENT L’AGROÉCOLOGIE » ?

Cette vidéo datant du 20 septembre présente rapidement mon projet et ce que je vais produire pour Agrophilia. 
Enseignante, agronome, journaliste, voyageuse, je mixe ces 4 passions en 1 projet : produire des vidéos et articles pédagogiques pour enseigner l’agroécologie dans l’enseignement agricole.

Je vais aller à la rencontre des acteurs du monde agricole – agriculteurs, enseignants, étudiants, chercheurs – dans 12 pays pour mieux comprendre à quel point l’agroécologie est profondément liée au contexte du pays. L’objectif est de produire des outils pédagogiques pour que les jeunes de lycées agricoles puissent toucher du doigt ces questionnements, avec une envergure internationale pour une ouverture d’esprit encore plus large que l’échelle française !

Mes articles sur Agrophilia auront donc une vocation pédagogique. Parfois accompagnés de vidéos, ils doivent ouvrir des pistes de réflexion sur l’agroécologie à travers le monde: pourquoi fait-on de l’agroécologie, comment la met-on en œuvre, comment transfère t’on les connaissances?

Les articles auront donc souvent la forme d’exercices ou de problématiques posées et agrémentées de questions qui permettent d’approfondir le sujet.

Réflexion agroécologique autour de 2 types de parcellaire agricole

Dans l’avion juste avant d’atterrir à Varsovie, la vue aérienne des parcelles m’a donné envie d’approfondir la thématique du parcellaire: d’où vient sa forme et sa richesse et quelles sont les conséquences sur les possibilités de mettre en œuvre l’agroécologie sur la ferme? L’objectif de cet article n’est pas d’apporter une réponse définitive mais de faire émerger de nouvelles questions pour mesurer la complexité du sujet.

Les adeptes de Google Maps et Géoportail ont pu remarquer l’organisation « chaotique » du parcellaire français par rapport à d’autres pays comme les Pays-Bas ou la Pologne.

Je propose de comparer un paysage bocager breton (à gauche) avec un parcellaire situé dans la région de Varsovie, en Pologne (à droite). Face à ces 2 photos aériennes, on peut se poser un premier « lot » de questions, pour enclencher la réflexion :

  • Quelle est l’origine de cette forme de parcelles ?
  • Comment la forme des parcelles évolue t’elle depuis plusieurs dizaines d’années ?
  • La forme des parcelles est-elle importante pour mettre en œuvre des pratiques agroécologiques ?
  • L’agriculteur peut-il modifier le paysage pour le rendre plus « agroécologique » ?

Ces questions en appellent d’autres :

  • L’agriculteur ayant des petites parcelles bocagères est-il forcément plus sensible à l’écologie que celui qui n’en a pas ?
  • Pourquoi certains agriculteurs souhaitent planter/conserver des haies (paysage, chauffage, abris pour les auxiliaires, chasse…) ?
  • Les haies sont-elles entretenues ? Valorisées ? Traitées ? Quel âge ont-elles et on-elles un impact réellement positif sur la culture ? Les espèces sont-elles locales, diversifiées ?
  • Les agriculteurs constatent-ils des différences de fonctionnement entre parcelles bocagères ou non ?
  • Quel est le degré « d’agroécologie » des itinéraires techniques au sein des 2 types de paysages ?
  • L’agriculteur a t’il les moyens financiers et le cadre réglementaire pour modifier la forme de son parcellaire (agrandissement et/ou aménagement avec des haies) ?
  • Qu’est-ce que le PAYSAGE pour l’agriculteur : les montagnes au loin ou les parcelles autour de l’exploitation font partie du paysage ? Cette question permet de mieux comprendre si l’agriculteur estime qu’il a un rôle dans la modification du paysage ou non.

Mise en situation pédagogique

Les possibilités d’applications pédagogiques sont nombreuses, voici quelques exemples :

Approfondir les aspects historiques – En cours d’histoire-géo, les élèves peuvent essayer de retrouver comment l’histoire de la Pologne entre 1989 et aujourd’hui a impacté ses paysages. Un excellent article étudie cette question de la gestion des terres agricoles ; une partie (le résumé par exemple) peut être traduite par les étudiants.

Photos aériennes – Les étudiants peuvent mener ce genre de réflexion en utilisant des photos aériennes dans des zones agricoles différentes (en France / dans le Monde) choisies sur Google Maps, ou en utilisant les photos aériennes d’exploitations connues.

Préparer des questions – Dans ce cas, les étudiants peuvent dans un deuxième temps produire une série de questions qu’ils poseront aux agriculteurs dans les 2 situations, afin de mieux comprendre quel rôle l’agriculteur peut jouer dans l’évolution du paysage, quels sont les freins et les leviers pour améliorer le paysage et les pratiques agricoles.

Rencontrer les agriculteurs et étudier le paysage – L’échange avec l’exploitant peut avoir lieu lors d’une visite. De nombreux établissements ont des partenariats avec l’étranger. Pourquoi ne pas en profiter pour réaliser l’exercice ? Ainsi, après avoir décrypté le parcellaire via Google Maps, les jeunes peuvent faire une analyse plus poussée : caractéristiques de la haie, itinéraires techniques, etc. Cela peut être l’occasion pour appréhender et étudier le paysage de différentes manières, comme je l’ai fait dans la ferme d’Ewa et Peter, à Grzybow, en Pologne.

Vidéo l’agriculteur et le paysage : 

Débattre pour comparer – Pour aller encore plus loin, et dans le cas d’agriculteurs situés dans le même secteur, il est possible d’organiser un débat avec les 2 agriculteurs, débat qui sera orienté pour faire émerger les visions que les exploitants ont du paysage, de leur parcellaire, de la place de l’arbre, et des leviers qu’ils peuvent mettre en place pour aller vers plus d’agroécologie…

Le stage en exploitation, autre opportunité ! – Le travail sur le parcellaire et le paysage en lien avec le contexte de chaque ferme peut être fait par les jeunes lors de leur stage en exploitation. L’entrée « paysage » est intéressante pour aborder les notions d’historique de l’exploitation, de facteurs de production, d’atouts et de contraintes, mais aussi de biodiversité ! Si chaque étudiant étudie le paysage de la ferme où il a été (vidéo / dessin…) la comparaison est possible ensemble en classe, sur la base de thèmes communs : histoire de la région, contexte pédo-climatique, biodiversité, place de l’arbre dans le système, système de culture…

C’est à vous !

 

Cet exercice peut être utilisé dans les formations suivantes :

  • BAC STAV (module « Gestion des écosystèmes cultivés »)
  • BTS APV (module « Systèmes de Culture » ou « Fonctionnement de l’exploitation agricole »
  • BTS ACSE (module « Fonctionnement d’un agroécosystème »)
  • BTS GPN (module « mise en œuvre des projets de gestion, de valorisation et de préservation de la nature »)
  • BAC S en option « Ecologie, Agronomie et Territoire », en pluridisciplinarité avec l’histoire/géographie.