CONFÉRENCE HORSCH – VIABILITÉ ÉCONOMIQUE DES EXPLOITATIONS & LE CAS ALLEMAND…

horsch-allemagne

« Viabilité économique des exploitations ? Le cas allemand et la modernisation de son agriculture depuis 20 ans », présenté par Karl-Heinz Mann.

Tel était le titre de la conférence, présentée par Karl-Heinz Mann, lors de l’événement HORSCH à la ferme de la Lucine édition 2017. Cette conférence, première de la journée, s’adressait davantage à un public de professionnels du secteur, néanmoins le sujet est tout à fait passionnant et intéressant : Viabilité économique des exploitations ? Le cas allemand et la modernisation de son agriculture depuis 20 ans 

C’est M. Mann, conseiller agricole en Allemagne qui nous a fait part de son expérience sur cette thématique, en allemand…

karl-hmIl prend tout d’abord le soin de se présenter. Karl-Heinz Mann est fils d’une famille d’agriculteurs sur 40 ha dans le Land de Hesse (grandes cultures, porcs, bovins). C’est en 1977 qu’il rejoindra le conseil en productions végétales dans un organisme de conseils pour 70 exploitations, où il y travaillera pendant 13 ans. Ensuite, en 1991 il fonde un centre de conseil privé : LBB GmbH. C’est des analyses de ce cabinet qu’il va se servir pour son argumentation.

En plus de son travail de conseiller, Karl-Heinz est aussi agriculteur en Allemagne (de l’Est) sur 2 exploitations (2300 ha + 900 ha). Il fait aussi du bénévolat au sein de la Société des Agriculteurs Allemands (DLG) et est membre de Conseils d’administration/ Conseils consultatif auprès de société anonymes et de banques.

Aujourd’hui, le cabinet de conseil privé LBB GmbH fondé par Karl-Heinz Mann s’occupe de 330 exploitations (400.000 ha), et est représenté par 7 associés et 11 consultants, tous exerçant une profession libérale indépendante. Ils ont des mandats en Allemagne, République Tchèque, Slovaquie, Roumanie, Amérique du Sud, pour une facturation des honoraires uniquement sur une base horaire : 80 à 200 €/h (dont 12% des honoraires sont reversés à LBB pour des projets communs et la formation).

À la question de la « viabilité économique des exploitations ? »

C’est justement le travail de Karl. Pour répondre à cette question, il introduit en nous faisant part des actions qu’il applique avec son cabinet :

  • Élaborer des concepts stratégiques : évolution à long terme
  • Optimisation de l’organisation de d’exploitation et son statut juridique
  • Conseil en investissements, placements et sécurisation financière
  • Gestion de conflits dans l’exploitation
  • Animation des groupes de travail
  • Analyse économique annuelle de l’exploitation, analyse par production
  • Analyse horizontale « partagée » : comparaison des données économiques et foncières des exploitations d’un même groupe
  • Analyse des forces et des faiblesses
  • Analyse des facteurs de valorisation
  • Prévisionnel d’investissement et de financement
  • Recherche et conseil programmes de subvention adaptés

Karl accorde de l’importance à chaque détail, il insiste sur le fait que la transparence et le travail d’équipe sont primordiaux. Pour avancer il faut des études variées et minutieuses, pour profiter au mieux de ces chiffres précieux.

Mais cette question n’est pas si simple à répondre. L’intervenant nous propose justement d’étudier les statistiques des exploitations conseillées par LBB pour présenter l’histoire de l’Allemagne et son impact sur l’agriculture, mais aussi sa modernisation.

Effectivement, la division historique de l’Allemagne a eu, et a encore de l’influence sur l’agriculture allemande, comme le démontre ces chiffres récents :

  • Allemagne de l’Est :
      • Grandes culture 300 à 5.000 ha (~1.200 ha)
      • Vaches laitières 200 à 2.500 VL (~800 VL)
  • Allemagne de l’Ouest :
      • Grandes culture 200 à 2.000 ha (~500 ha)
      • Vaches laitières 200 à 2.500 VL (~450 VL)

Pour comprendre pourquoi un tel clivage Ouest/Est, il faut remonter en 1945. Après la guerre, l’ex-Allemagne de l’Est a connu des réformes agraires communistes, ainsi toutes les exploitations de plus de 100 hectares ont été étatisées. Puis jusqu’en 1953 toutes les exploitations inférieures à 100 hectares ont dû rentrer, avec plus ou moins de force, dans des coopératives. Il faudra attendre la chute du mur en 1989 pour que les terres soient de nouveaux privatisées, et que la politique de l’Allemagne de Droite s’applique. Suite à la chute, beaucoup d’agriculteurs de l’Ouest sont venus investir à l’Est, ce qui a causé 95% d’emplois supprimés dans l’Est.

C’est donc depuis les années 90 que l’Allemagne est scindée en deux modèles agricoles qui influencent l’agriculture d’aujourd’hui : l’ex-Est et ses grandes exploitations et son agriculture moderne/industrielle ; et l’ex-Ouest qui suit le modèle plus classique de l’agriculture familiale et les petites/moyennes exploitations. L’ex-Allemagne de l’Ouest d’ailleurs, depuis les années 90, offre de plus en plus de surfaces pour la production d’énergies renouvelables ou Biogaz…

La conférence s’en suit de nombreux tableaux et graphiques montrant l’évolution des prix et de la production agricole en Allemagne depuis les années 90s, mettant en évidence la différence avec notre agriculture française.

Cette conférence très intéressante qui a permis d’ouvrir cette deuxième journée Horsch, rappelle comment l’aspect culturel a un impact sur l’agriculture d’un pays. Agrophilia vous l’a déjà montré plusieurs fois dans les articles du Tour du Monde, en Asie ou Océanie, mais parfois deux pays limitrophes ont des méthodes et réflexions complètement différentes, comme dans ce cas entre l’Allemagne et la France. Nous reviendrons très vite sur ces différents aspects dans les prochains articles liés à l’Amérique du Sud (ou du Nord), car un océan nous sépare, et ainsi dans ces pays, le rapport à l’agriculture, du professionnel du secteur ou du citoyen consommateur, diffère énormément à notre pays.