EUREKA ORGANIC LAND – RETOUR À LA FERME !

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Enfin vous direz-nous ! Oui, nous cela faisait un moment que nous n’avions pas travaillé à la ferme, et pour cause, nous avons passé beaucoup de temps avec nos amis venu nous voir de l’autre bout du monde.

Après un trek majestueux dans les Himalayas (voir l’article), nous nous sommes posés avec Élise, Corentin et Dimitri chez Thomas Hénoux  à Chaughada. Thomas est un ami qu’Yvan avait rencontré 3 ans auparavant au Népal. Il travaillait à l’époque sur la construction d’un restaurant pour une famille népalaise. Il a depuis décidé de créer sa propre exploitation agricole éco-responsable: Eureka Organic Land. Thomas abhorre l’usage des pesticides, des engrais et des semences OGM car ils mettent en danger la santé des agriculteurs et des familles népalaises. Son objectif : initier le développement d’éco-tourisme tout en proposant des formations d’agriculture biologique et la production de semences reproductives gratuites pour la communauté d’ici octobre 2018.

Thomas est un guerrier – on remarquera la ressemblance avec le célèbre viking Ragnar. Sa philosophie de vie : rien ne doit être facile. Il rompt avec le système consumériste occidental : il veut être capable de tout faire – produire, construire, créer, etc. – par lui-même. Son passé de couvreur de monuments historiques lui confère un panel de compétences robustes en construction. Avec l’agriculture, il souhaite apprendre à produire une nourriture riche, saine et respectueuse de l’environnement. À l’origine, il ne disposait que d’un terrain vierge et d’un rez-de-chaussée de maison. Avec son caractère bien trempé – Corentin s’en souviendra – et sa volonté de fer, il a construit le deuxième étage de sa maison et a fait prospérer ses champs au cours des deux dernières années : maïs, gingembre, cocotiers, choux rouges et blancs, petit pois, piments, persil, basilic, tomates, entre autres, y essaiment. Le projet prend déjà une belle forme.

Un trajet en bus chaotique – et c’est un euphémisme – nous amène à Chaughada, un village situé à 30 km au nord de Katmandou. Quatre volontaires sont déjà chez Thomas : Carmen, Julie, Blaise et Pierre. Carmen, architecte de formation, voyage pendant trois mois au Népal et en Inde pour apprendre à construire avec du bambou. Elle est venue profiter du savoir de Thomas. Les trois autres ont rencontré Thomas à Katmandou et ont décidé de venir profiter du calme rural. Une joyeuse petite troupe avec qui nous avons partagé d’intenses moments de dur labeur mais également de douces périodes de détente. Après une baignade courte mais rafraichissante à la rivière, Thomas nous initie aux pratiques quotidiennes : remplissages des seaux d’eau le matin et le soir – pas d’eau courante ! -, arrosage des plantes au crépuscule et tâches ménagères multiples. Le rythme de Thomas est spartiate et nous peinons à le suivre : réveil à 5h et coucher aux alentours de 23h. Et les deux semaines de trek pèsent toujours dans les jambes …

Au programme du séjour, deux chantiers majeurs : la construction d’une nouvelle serre en bambou et l’entretien des champs. On ne vous cache pas que l’entretien des champs, on commence à connaître. En revanche, on a pris un malin plaisir à s’initier à la construction en bambou. Avec son expérience de couvreur, Thomas est un vrai professionnel. Avec entrain et fermeté, il nous a appris à manier la scie, la perceuse, la serpette et le couteau à bois avec précision pour adapter le bambou à nos besoins.  « L’acier vert » dispose d’excellentes caractéristiques mécaniques. Durable et résistant, il a en outre un faible poids et une élasticité qui en font un matériau idéal pour un pays fortement exposé aux tremblements de terre et à la mousson. Thomas a déjà construit une pergola, une salle de bain et une serre avec. Ses voisins – envieux – lui passent même commande de structures semblables ! À trois – Carmen, Dimitri et Tanguy – nous l’avons soutenu, de la fixation des piliers au sol à la pose de la toiture. Résultat : une serre robuste et esthétique pour abriter ses prochains plants !

De l’autre côté du terrain, on s’attaque aux champs. Il faut labourer et nettoyer pour préparer la terre à de nouvelles semences : on arrache les mauvaises herbes qui  phagocytent l’humidité et les minéraux du sol, et on retourne la terre en profondeur pour l’aérer et accroître sa fertilité. C’est à la bêche et au râteau, le dos courbé, que nous nous y sommes attelés pendant deux longues journées. Thomas conserve ses jeunes plants dans une serre. Il vient de planter du gingembre en quantité et compte poursuivre avec des tomates, des piments, des courgettes et des pastèques. Un travail confié à Élise et Yvan qui ont dû préparer la terre, planter et protéger les plants avec des voiles. Thomas est précautionneux et attache beaucoup d’importance à protéger ses plantes. Du soleil d’abord : nous avons disposé des paillages autour des jeunes cocotiers. Mais également des insectes : tous les matins, on se lève pour aller tuer les chenilles qui traînent autour des plants. Pour ne pas s’attirer un mauvais karma, attention à ne pas oublier de prononcer le mantra tibétain Om mani padme hum. Le bouddhisme interdit de tuer des êtres vivants, une philosophie à laquelle Thomas se prête avec conviction.

Si nous travaillons dur aux champs, nous sommes récompensés par la fine cuisine de Thomas. Il faut dire qu’avec les produits dont il dispose – tout est produit par lui, à l’exception des œufs, du riz et du lait – on pourrait difficilement se rater. Ducasse rougirait devant son Dhal Bat.  Oui, on a osé. Le temps du labeur passe et nous retournons à Katmandou profiter de nos dernières journées en Asie. Dimitri et Élise nous quittent rapidement. Nous nous abandonnons aux lieux de culte hindouistes et bouddhistes. D’abord au temple de Pashupati : la maison du dieu Shiva s’élève sur les bords de la rivière Bagmati, la plus sacrée du Népal. Nous naviguons entre la vie et la mort, entre les enfants enjoués qui manient le ballon, et les bûchers de crémation entourés par les familles des défunts. Les morts brûlent sous nos yeux, et leurs cendres seront dispersées dans les eaux sacrées. Non loin de là se dresse le spectaculaire stûpa de Bodnath, un haut lieu de pèlerinage pour les tibétains. Un stûpa est une structure architecturale, semblable à un tumulus, renfermant une relique du Bouddha ou de l’un de ses disciples. Le flux des pèlerins avance confusément sous les yeux interrogateurs du stûpa : les yeux du Bouddha disent les fidèles ordinaires, les yeux qui perçoivent des réalités qui échappent à notre vision habituelle, expliquent les initiés.

Nous ne sommes plus très loin de la conversion. Nous partons en pèlerinage à Namo Bouddha. À 40 km de Katmandou s’élève un stûpa sacré dédié à Bouddha. La légende raconte que jeune prince, il croisa une tigresse dans un grand état de faiblesse. Pris de pitié et de compassion pour l’animal qui ne pouvait nourrir ses petits, il se sacrifia et offrit son corps à la bête. Le stûpa renfermerait ses ossements. Un majestueux monastère fut construit à ses côtés. On y enseigne les préceptes du bouddhisme tibétain. Au cours d’une cérémonie mystique de plusieurs heures, nous nous sommes laissés bercer par les champs tibétains d’hommage au Rinpoché. Le Rinpoché est un titre honorifique accordé à un lama – un enseignant du bouddhisme tibétain – reconnu comme la réincarnation d’un grand maître du bouddhisme. Le dalaï-lama local si vous préférez. Le cœur plein de reconnaissance devant un tel privilège– bouddha-power – nous repartons à Katmandou savourer nos derniers Mo:Mo, la douce spécialité népalaise dont nous n’avon cessé d’abuser au cours des dernières semaines.

Nous partons pour notre dernière étape : l’Europe ! Atterrissage programmé à Belgrade, et après un court road-trip, nous irons travailler dans une ferme au Monténégro.

Les Balkans n’ont qu’à bien se tenir.