L’AGRICULTURE DE CONSERVATION ET SES INTERETS – Hugues Démoulin

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Hugues est un agriculteur de Dordogne résidant à Jovel, à Leguillac-de-Cercles.  Annabel l’a rencontré quelques semaines auparavant grâce à Frédéric Thomas, rédacteur en chef de la revue TCS : celui-ci nous mit en relation lorsqu’elle lui a annoncé que l’agriculture de conservation était l’un des thèmes importants mis en lumière par la première édition du Discovery Festival.

Hugues est un jeune homme rafraîchissant et dynamique qui prépare son avenir dans l’innovation agronomique avec une ténacité inspirante. Il ne se laisse jamais abattre ! Il fait également partie d’une association loi 1901 appelée BASE (Biodiversité, Agriculture, Sol et Environnement) qui oeuvre depuis une dizaine d’année afin de populariser et standardiser les principes de l’agriculture de conservation.

En 2004 il rejoignit son père François sur l’exploitation agricole et décide d’arrêter de labourer en 2010. Vous devez sûrement vous dire « oh, encore un ». Eh oui, si ce concept n’était pas mis en avant par les grandes institutions jusqu’à maintenant, aujourd’hui il se répand comme une traînée de poudre. Ces institutions se sentaient-elles menacées par le non-labour qui annonçait des perturbations dans les ventes de machines et outils ? Ou peut-être était-ce une avancée trop « moderne » qui leur fit penser qu’elles ne pourraient pas gérer la suite des événements ? Rappelez-vous, il y a quelques années seulement, elles répondaient que les adeptes du non-labour n’étaient pas des agriculteurs

Heureusement, ceux-ci se sont battus contre vents et marées pour la compréhension des techniques et des raisons de l’agriculture de conservation. D’ailleurs, les connaissez-vous ?

Pour faire simple, l’agriculture de conservation repose sur trois principes agronomiques fondamentaux :
- la ROTATION des cultures et des couverts végétaux ;
- La RÉDUCTION progressive du travail du sol et du trafic sur les parcelles ;
- La RESTITUTION intégrale des résidus de récolte à la surface du sol.

Cela signifie que ce type d’agriculture protège et respecte au maximum les flux et les écosystèmes naturels (comme la population de lombrics par exemple, qui effectue lorsqu’elle est assez stable le travail destiné aux interventions mécaniques en complétant l’organisation et la structuration du sol par les racines) afin, à terme, de réduire le temps de travail de la terre. En effet c’est grâce à ces écosystèmes que la terre se protège et se restaure, et le labour perturbe cette symbiose… Par conséquent le labour entraîne plus de travail pour les agriculteurs qui doivent s’occuper eux-mêmes de la protection de leurs terres contre soleil, intempéries etc ET favorise la pollution des eaux et l’érosion en appauvrissant les capacités d’infiltration et de filtration de la terre. L’utilisation d’outils agraires accroît également la force du ruissellement et donc la pollution de l’eau. Pour plus d’informations sur l’agriculture de conservation, je vous encourage fortement à consulter le site de l’asso BASE !

En 2010, Hugues décide alors de concrétiser ses idées vis-à-vis des TCS (techniques culturales simplifiées) pour, en 2013, acheter un semoir Max Emerge de chez John Deere et ainsi débuter dans l’application du semis direct (et donc sans labour).

Durant sa conférence au Discovery Festival, Hugues a donc pu nous faire visionner des photos de ces concepts mis en pratique. Il nous a ainsi plongés dans sa vision propre du monde agricole et a permis aux festivaliers de mieux comprendre son travail et les objectifs qui l’animent. Est-ce un déclic générationnel que de chercher à bouger les codes de manière à instaurer une nouvelle ère agricole ?

D’autre part, Hugues aime à savoir que chaque élément de sa ferme apporte sa pierre à l’édifice de ses projets : il possède donc un élevage en plus de son exploitation céréalière.

Lors de sa conférence, Hugues soulève des problématiques actuelles importantes dans le secteur de l’agriculture. Lors des regroupements de l’association, ses membres se rejoignent afin de parler de leurs études de terrain respectives. Chez eux ils peuvent tester les méthodes de l’agriculture de conservation, éprouver les techniques nouvelles précédemment évoquées lors des réunions, chercher, développer et observer dans le but d’en découvrir de nouvelles à transmettre à la communauté. Par conséquent, chacun de ces membres récolte des données importantes sur son terrain afin de les traiter et offrir la conclusion qui en découle à leurs camarades.

C’est pourquoi, lors d’une étude réalisée par l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique) qui collectait des données en effectuant des prélèvements sur le terrain des agriculteurs français (et donc les leurs aussi) afin de pouvoir répondre à des questionnements, ils ont voulu connaître les conclusions auxquelles l’organisme était arrivé après analyse. Quels étaient ces tests ? Quels facteurs, quels flux, quelles aspérités mesuraient-ils ? Quelle clairvoyance cela leur permet d’avoir sur chaque exploitation ? Et surtout s’il y avait des résultats? Car savoir pourquoi ils cherchent c’est une chose mais en connaître les finalités en est une autre.

Mais les résultats ne revenaient jamais ou tardivement. L’INRA ni même la Chambre d’Agriculture n’ont très peu rendu de compte à ces exploitants, si bien que toutes ces questions restent aujourd’hui sans réponse. Mais pourquoi, alors que l’association BASE est elle-même directement affectée à l’analyse des données agricoles dans un but de recherches pour le développement agricole ?

Les membres du groupement de Hugues nous propose donc de s’interroger sur la part totale de l’INRA financée par des investisseurs privés. Vous voyez où on veut en venir, bien sûr, puisque cela pourrait mener à la question « en cas de découverte d’une méthode d’agriculture inattendue et significative, si les investisseurs privés se composent de grands groupes commerciaux liés au secteur agricole alors la priorité va-t-elle à leurs intérêts propres ?« . Il nous pousse aussi à se demander combien peuvent bien valoir ces données issues de prélèvements-mystères, et à qui elles appartiennent réellement. Les agriculteurs, propriétaires des terres examinées et premiers responsables de leur « santé », n’ont-ils pas de droits quant à l’utilisation des données ? On est en droit de se demander si la moindre des choses ne serait pas de leur rendre des comptes lorsque ceux-ci s’y intéressent.

Et, dans ce cas, est-il vraiment nécessaire d’attendre l’approbation des organismes quant il s’agit d’objectifs concernant l’agriculture de conservation (qui met donc à mal quelques « traditions » et principes très répandus dans l’agriculture actuelle qui requièrent notamment l’achat de divers outils coûteux pour certains) ? Ou vaut-il mieux aller le plus loin possible sans se retourner, avancer coûte que coûte dans l’espoir d’un élan significatif qui deviendrait impossible à taire même pour ces gros groupes ?

Que pensez-vous de ces réflexions et du manque de transparence de ces tests ? Faites-nous part de votre point de vue, vous aussi ! 😉

A bientôt !

L’équipe Agrophilia