LES ALTERNATIVES AGRICOLES n°2

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La boucherie éthique, coup du pub ou véritable solution ?

Les amis des animaux en rêvaient, ils l’ont fait. L’idée est simple, pourquoi tuer alors qu’on peut prélever ? C’est le principe de la boucherie éthique. L’animal « donne généreusement une partie savoureuse » de sa carcasse. En échange, l’humain en être naturellement bon lui fabrique une jolie prothèse afin qu’il puisse vivre une retraite heureuse. Les morceaux de viande ainsi prélevés sur l’animal sont ensuite vendus dans une boucherie à Rambouillet, dans les Yvelines. Vous imaginez bien, ce genre de produits est proposé à des prix nettement plus élevés qu’en boucherie traditionnelle. Cependant les adeptes de la boucherie éthique reviennent et restent convaincus. On peut ainsi lire de nombreux avis positifs sur les réseaux sociaux. Les animaux domestiques toutous et autres bestioles ne sont pas en reste. On prélève, on ne tue pas !

Les avantages de la boucherie éthique sont relatés dans un reportage, voir le lien ci-contre :

Dans cette vidéo, on peut voir des vaches, des cochons et autres bestioles à poils ou à plumes gambader dans des fermes qui font office de maison de retraite pour « machines à produire de la viande ». Les animaux y sont heureux, et y vivront une longue vie paisible avec leurs congénères.

Alors, bien sûr, tout le monde n’est pas d’accord. La célèbre association activiste végane L2114 s’insurge de ce concept. Comment peux-t-on se dire végétarien en consommant de la chair animale ? Comment infliger de telles souffrances aux animaux pour un plaisir gustatif de quelques secondes ? Qui sommes-nous pour décider d’handicaper à vie des êtres vivants ?

Non, sérieusement, vous y avez cru ?

Ce projet est l’œuvre du studio de cinéma Les Parasites. Au menu : humour détourné et remise en question de l’industrie de la viande. A défaut de faire la promotion d’une pratique agricole quelque peu étrange, ce reportage soulève quelques tabous.

Agrophilia est donc partie rencontrer des personnes qui, d’une manière ou d’une autre, sont concernées par ce genre de questions. Nous avons donc eu la chance de recueillir les avis de personnes végétariennes, d’éleveurs et de consommateurs de viande.

Même si la plupart des végétariens se montrent uniquement choqués face à l’idée d’amputer un animal pour manger sans tuer, j’ai eu l’occasion de discuter avec certains présentant une analyse plutôt intéressante. En effet, Nicolas, végétarien convaincu estime que « ce reportage est d’une habileté inédite ». Beaucoup reconnaissent avoir cru à une information sérieuse au début du reportage. Cependant l’utilisation de concepts (pour le moins réels), dédramatise certaines pratiques aberrantes pour les véganes. Par exemple, le film évoque la fistulation (technique qui consiste à installer un hublot sur l’abdomen d’une vache afin d’observer le contenu de sa panse). Cette pratique, fait remarquer Nicolas, ne relève pas de la fantaisie mais est bel et bien appliquée. Mélanger le vrai et le faux pourrait faire passer le spectateur à côté d’une technique réelle à l’éthique…un poil douteuse.

Cependant, en fervents défenseurs de l’agriculture française, le but d’Agrophilia n’est pas de partager un quelconque avis sur le végétarisme. Les personnes ayant adopté ce mode d’alimentation citent souvent l’éthique comme principale motivation. L’éthique est habituellement définie comme l’ensemble des principes moraux qui sont à la base du comportement de quelqu’un, oui oui c’est Larousse qui le dit. Si on se base sur cette simple définition, chaque comportement peut être éthique s’il est en accord avec la morale de quelqu’un.

Serait-il donc possible d’élever et de manger des animaux de manière éthique ? Est-ce qu’être éleveur est éthique ?

Je suis allée à la rencontre de Claude, éleveur de porcs bio depuis 1998 en Bourgogne. Cet agriculteur a, dès le début, fait le choix d’élever ses animaux en plein air. D’après lui, la notion d’éthique est très importante dans son travail, ses cochons sont heureux et ça se voit ! Pas de queues coupées, pas de dents meulées, ce serait inutile. Les cochons sont détendus et ne s’ennuient pas, ainsi ils ne se blessent pas en se mordant. Cet éleveur a également fait le choix de faire l’impasse sur de nombreux procédés autorisés en élevage bio mais contraire à son éthique. C’est dans ce cas précis que l’on comprend bien à quel point cette notion peut être subjective. Ce qui autorisé n’est pas forcément perçu comme éthique. Mais comme Claude le résume très bien, dans notre société l’homme reste le maître du jeu. C’est donc à nous, être humain de faire part des choses et de choisir ce qui nous semble éthique ou non.

Au fil des rencontres et des discussions que j’ai pu avoir durant la rédaction de ce premier article, un dernier élément m’a sauté aux yeux : chaque personne qui a accepté de débattre avec moi sur ce sujet quelque peu houleux avait l’intime conviction d’avoir fait les bons choix, végane ou éleveur, pro-bio ou non. Fidèle à la philosophie agrophilienne, je conclurais en disant qu’au final, peu importe les choix qui nous animent le principal est de rester ouvert au débat et respectueux des idées de chacun, c’est pourquoi j’attends avec impatience vos avis sur la viande éthique, le végétarisme ou les steaks de dauphins. Je vous donne rendez-vous en août pour le n°3 des alternatives agricoles, au programme la fin du labour, un peu d’agriculture bio et une bonne dose de remise en question des traditions.

Anaïs