JEAN LASSALLE

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Aujourd’hui, l’agriculture ne va pas bien comme nous pouvons le constater avec le nombre important de suicides et manifestations. Si vous êtes élu qu’envisagez-vous ? les objectifs ?

  • Autosuffisance VS exportations
  • Polyvalence des fermes
  • La mise en avant culturelle VS la globalisation

Fils et petits-fils de berger, berger moi-même, maire d’un village de 162 habitants, je connais intimement toutes les problématiques de la France rurale : exode, désertification, fuite des services publics, désespoir des agriculteurs, désœuvrement des jeunes. Je ne parle pas de la campagne depuis Paris. J’en parle depuis Lourdios-ichère, Pyrénées-Atlantiques, où je suis né il y a 61 ans et où je vis encore. Mon combat pour la ruralité est un combat ni corporatiste ni réactionnaire. Aucune nostalgie ne m’habite, mon projet repose sur la réconciliation entre ancestralité et modernité. Je vois la ruralité comme un projet d’avenir pour la France, centré autour d’une nouvelle dynamique agricole adaptée à notre temps. Dans sa course éperdue vers la rentabilité maximale, l’agriculture française est entrée dans cette ère folle où une exploitation doit tourner comme une usine, en robotisant et en réduisant au minimum la main-d’œuvre. C’est l’ère du productivisme à tout crin, au service de marchés financiers, et au détriment des agriculteurs, de l’environnement et en définitive de l’homme qu’elle est censée nourrir.

Je vous l’annonce, cette ère de matérialisme est terminée. Et je ferai des campagnes de France une grande cause nationale.

Le nouveau monde qui s’ouvre est celui des paysans. Il ne s’agit pas ici de fantasmer un retour au XIXe siècle qui n’aurait aucun sens. La mécanisation et l’informatisation ont apporté beaucoup de bienfaits et il serait pervers de tout jeter, dans une sorte d’utopie régressive. Le métier de la terre est difficile et exigeant et tout ce qui peut alléger la peine de l’homme doit bien évidemment être conservé. Par l’ère des paysans, j’entends le retour à une agriculture et un élevage à taille humaine. J’entends le retour du plaisir de travailler sa terre, de voir mûrir ses fruits et de choyer ses bêtes. J’entends la possibilité de renoncer aux engrais chimiques, aux pesticides, à tout ce qui empoisonne nos campagnes et au premier chef les exploitants et leur famille. J’entends en la possibilité de ne plus être les esclaves des multinationales de la semence ni de la grande distribution.

Envisagez-vous un salaire commun pour les agriculteurs et faire de cette profession des salariés de l’Etat ?

Je commencerai par sécuriser les revenus des exploitants actuels, en conservant à l’échelle nationale la rémunération des producteurs, et qu’aucun d’entre eux ne puissent gagner moins que le smic chaque mois. Ensuite, je mettrai tout en œuvre pour lever les obstacles qui dissuadent aujourd’hui les jeunes, ruraux comme urbains, de s’installer.

Pensez-vous aujourd’hui qu’il soit temps de changer la fiscalité agricole afin que nous soyons plus compétitifs avec nos voisins Européens et mondiaux ?

Restaurer la finalité civilisationnelle de l’agriculture est l’une de mes priorités absolues. La politique agricole commune a été à l’origine de la CEE. À nos côtés, l’Union européenne devra prendre des mesures d’incitation pour que les populations réoccupent l’espace, que les grandes exploitations agricoles redeviennent pérennes, que de petites exploitations familiales, au service de circuits courts, puissent se créer partout sur le territoire.

Pensez-vous qu’en 2017 il serait intéressant de séparer le foncier de la production ?

Il existe en France une agriculture de qualité, attachée au respect des bêtes et des plantes, et des agriculteurs qui, de toutes leurs forces, aiment leur métier et attendent qu’on les soutienne. Mais pourquoi n’a-t-on pas laissé à l’agriculteur les moyens d’équilibrer lui-même son budget ? Il ne demandait rien d’autre. Sa fierté, c’est de nourrir sa famille, sa région, sa France et son monde. Chemin faisant, il ne cesse d’entretenir, de créer le beau et le durable, tout en laissant les autres utiliser ces deux grands mots. Ironie amère, tout cela fait des heureux. Dans notre pays, il se vend beaucoup de terres. Rares sont les acheteurs français, et encore moins les agriculteurs. Les terres coûtent assez chères, mais certaines se vendent à prix moindre au tribunal, quand les choses se passent mal dans les familles, car personne n’en veut plus. Ces terres, à présent détenues par des traders, attendent un nouvel acquéreur. Heureusement pour eux, les nouvelles dispositions européennes simplifient la tâche des futurs acheteurs : ils pourront faire venir, des pays de l’Est, une main-d’œuvre à bas prix, payée au tiers ou au quart de ce que coûteraient des Français, si elle n’est pas payée au noir.

Pour vous qui sont les agriculteurs de demain ? Et comment voyez vous l’avenir des exploitations lorsque les enfants sont partis étudier dans d’autres domaines comme le commerce, la pub, la communication, l’immobilier, l’informatique, etc.
Comment aider et redonner envie aux jeunes de reprendre des exploitations agricoles lorsqu’ils n’ont pas d’exploitation dans leur famille ?

Les enfants d’agriculteurs, comme tous les autres, passent de plus en plus de temps dans les écoles. Lorsqu’ils en sortent, ils aspirent à une situation a priori plus calme, plus sereine, avec moins de responsabilités. Or s’engager aujourd’hui à la tête d’une exploitation agricole est loin d’être de tout repos. Ce n’est pas le bagne, mais il faut être prêt à affronter une vie solitaire, à concevoir une relation sociale totalement différente, dans les villages souvent déserts. L’agriculture a cessé depuis longtemps d’être une cause nationale. Rien n’est fait pour l’encourager, rien n’est entrepris pour susciter un semblant de vocation chez les jeunes gens. Si par malheur ils ne l’ont pas d’eux-mêmes, qu’est-ce qui, aujourd’hui, à travers ce qu’ils apprennent, voient et entendent, pourrait les encourager à ce type de vie ? Le renouveau de l’agriculture française passera par un projet de société, expliqué puis accepté par tout un peuple. La ruralité n’est pas une nostalgie, elle est un avenir pour nos enfants !

Pensez-vous qu’il faut revoir l’éducation pour le domaine agricole ? Et comment voyez vous l’avenir de cet enseignement pour les élèves et les enseignants ?

Je rénoverai en profondeur l’enseignement agricole, qui mêlera une culture productiviste à l’approche paysanne évoquée plus haut. Je favoriserai, notamment par la défiscalisation, le financement participatif des nouvelles exploitations. J’allégerai les normes sur les activités annexes à l’agriculture (location ponctuelle, hébergement, accueil de classes, loisirs…), afin de permettre aux exploitations d’arriver plus facilement à l’équilibre et de contribuer au développement des tourismes à taille humaine.

L’agriculture est principalement liée à l’alimentation ; pensez-vous que cela aille plus loin ?

Je rêve d’une France recouverte d’exploitations à taille humaine, à l’organisation familiale, engagées à fournir une alimentation de qualité aux Français. Je veux que la France soit un pays de référence dans le secteur du biologique. Il en va de la préservation de notre biodiversité, mais aussi évidemment de notre santé et de celle des générations futures. C’est aussi un art de vivre qui n’a pas de prix. Enfin, cette grande cause nationale ne se limite pas à l’agriculture. Elle est plus fondamentale, plus civilisationnelle. L’enjeu est en effet de faire revivre notre territoire dans sa totalité, de redynamiser des départements entiers, de redéployer notre peuple, trop concentré en Île-de-France et dans les grandes métropoles.

Agrophilia remercie l’équipe de Jean Lassalle pour nous avoir consacré du temps !