MARIE, UNE FEMME CURIEUSE DE CARACTÈRE

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Marie, étudiante à Sciences Po.
Nous avons rencontré Marie, élève de Sciences Po., qui nous a donné son avis sur le monde d’aujourd’hui et de demain…

Que fais tu comme études et comment as tu entendu parler d’agriculture et d’agro-écologie ?

« – Bonjour Annabel, je m’appelle Marie de Maupeou, je suis en études à Sciences Po Paris en master de communication.

Je ne sais pas vraiment ce qu’est l’agro-écologie, pour moi ce mot est nouveau. Mais j’imagine que c’est une agriculture qui prend soin de la nature et qui prend des décisions en fonction d’un impératif de préservation de l’environnement donc nécessairement d’une vision à long-terme. Il s’agirait d’un nouvel humanisme qui exige que les politiques agricoles ne considèrent pas d’abord le produit mais celui qui produit (le paysan) et ce qui produit (l’environnement). »

Comment l’agriculture (agriculture, agro-alimentaire, agro-industrie…) est expliquée dans les études comme Sciences Po ? et pourquoi ?

« – Je suis arrivée en master à Sciences Po donc je ne sais pas comment le sujet de l’agriculture est abordé au collège universitaire, c’est-à-dire en licence. En tous cas, ce sujet n’est pas une des préoccupations principales de l’école, puisque c’est tout d’abord une école de sciences politiques, en revanche les étudiants du master Politiques Publiques qui seront peut-être amenés à des carrières dans l’administration ont la possibilité de choisir la spécialité « Energie, ressources et développement durable ». A Sciences Po, ce sont plutôt les étudiants qui sont moteurs, notamment l’association Sciences Po Environnement qui organise le festival de films documentaires « Alimenterre » et l’association Sciences Potager très active sur le campus de Reims. Les étudiants peuvent acheter des paniers de fruits et légumes bio. En matière d’enseignement, Bruno Latour, sociologue contemporain et ponte de Sciences Po qui, ces dernières années, s’est penché sur la question de notre rapport à la terre. En 2015, il publie « Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique ». Ce semestre, j’ai choisi le cours « La philosophie politique de la nature » que Bruno Latour dispense et qui est proposé aux étudiants, tous masters confondus. L’an dernier, Bruno Latour a lancé Make it Work/ Le Théâtre des Négociations, grand projet d’expérimentation politique à l’occasion de la COP21 en 2015. Sur le constat de l’échec des derniers sommets de l’environnement, pendant trois jours simulation de conférence des Nations Unies cet événement a réuni en plus de 200 étudiants internationaux dont l’objectif premier était de trouver de nouveaux moyens pour s’entendre sur une politique environnementale commune internationale. »

Comment définis-tu l’agriculture aujourd’hui? Quand tu penses agriculture pense tu aussi à l’agricole pour les tables, les vêtements, les sacs… ?

« – Non, je pense alimentation plutôt. »

Pourrais-tu nous définir l’agro-écologie et comment ceci a été expliqué dans les documents au concours de Sciences Po ?

« – Pour le concours d’entrée en master à Sciences Po, en 2016, j’ai choisi le sujet 2 dont l’exercice consistait à rédiger une note de synthèse sur les rapports entre alimentation et développement durable à partir de nos connaissances et d’une quinzaine de documents. On peut en déduire donc que pour le corps enseignant de Sciences Po, c’est un sujet d’actualité auxquels les étudiants doivent être sensibilisés. Même si le jury ne demande pas que les candidats expriment leur opinion sur la question, il est clair que tous les candidats sont invités à se questionner, et finalement à se positionner, à changer leur regard sur la mondialisation et le libre-échange. Ce dossier pointait les dysfonctionnements du système communément appelé Agrobusiness sur le plan humain et environnemental. Je pense que beaucoup d’étudiants à la lecture de ces documents ont levé les sourcils avec étonnement quand ils ont découvert qu’ il faut « quinze mille litres d’eau et 7 kg de céréales pour produire un kilo de bœuf » ou encore qu’ « à l’échelle mondiale, le nombre de personnes en surpoids (environ un milliard et demi) excède celui des malnutris (environ huit cent millions) » (L’indigestion qui vient, Benoît Bréville, Le Monde Diplomatique, Août/Septembre 2015). »

Penses-tu que les élections de 2017 vont être drivées par les solutions qui vont être proposées pour l’agricole?

« – Pour moi, c’est une des problématiques les plus préoccupantes, comme en témoigne le programme des candidats aux présidentielles 2017. Les hommes politiques veulent répondre aux inquiétudes des Français face à la mal-bouffe, à la condition insoutenable des agriculteurs et des éleveurs. Si le parti écologiste ne semble pas avoir d’électorat suffisant pour les élections présidentielles, et fait figure de « voix qui crie dans le désert », en revanche sa présence dans le débat est indispensable. Le candidat qui sera élu, quel qu’il soit, aura fait beaucoup de promesses : qui promet de soutenir l’investissement, qui promet de remettre à plat la PAC, qui promet d’aider les élevages et les agricultures, qui promet de baisser les charges du secteur, qui promet de promouvoir le circuit-court. Cependant je pense qu’il n’y a que la mobilisation constante des citoyens qui puisse faire changer les choses. On ne peut pas toujours défausser notre responsabilité sur les hommes politiques et les pointer du doigt car acheter est devenu un acte politique. »

Penses-tu que l’information aujourd’hui soit bien faite pour définir l’agriculture dans tous les sens du terme ?

« – Je ne pense pas que l’information aujourd’hui recouvre la réalité de l’agriculture dans sa globalité. Or quand on habite en ville, on ne peut pas se rendre compte de ce qui se passe pour un éleveur dont on élimine la totalité des oies pour un cas de grippe aviaire en raison du principe de précaution. Alors que pour un apiculteur, pas besoin d’une étude pour se rendre compte de la hausse alarmante de la mortalité des abeilles due aux pesticides. Les médias sont un filtre qui nous empêchent de voir la réalité en face comme elle se vit dans les campagnes de France et du monde. Pour celui qui cherche la vérité, le moyen le plus sûr est encore d’aller à la rencontre des acteurs locaux, de confronter la réalité du terrain à ce qui ce dit dans les grands journaux, la télévision et la radio.

Comme je suis passionnée de vins, à l’occasion d’un séjour dans le Jura, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre Overnoy à Arbois-Pupillin. Il est l’un des premiers viticulteurs à avoir commencé la production de vins dits naturels. Cette méthode « nature » inconnue à l’époque laissait ses confrères sceptiques car pour eux tout prouvait qu’un vin ne pourrait pas se conserver sans ajout de soufre et que la vigne ne survivrait pas sans désherbants chimiques. Avec un cercle de vignerons guidés par les conseils de Jules Chauvet, il fait le pari audacieux de la confiance en la nature. Aujourd’hui, le vin de Pierre Overnoy et de son successeur Emmanuel Houillon est proposé sur la carte de restaurants réputés. Ce vieil homme disait ne pas comprendre pourquoi des Japonais viennent d’aussi loin pour déguster avec lui son produit. Pourtant, quand on vit cette expérience de la rencontre, on comprend comme c’est magique de relier ce que l’on consomme à l’histoire d’un homme, celle du créateur, celle de celui qui a veillé pendant 6 ans à la genèse de ce vin jaune que le consommateur engloutit en un instant. Alors le produit revêt non plus uniquement la dimension nutritive, banale mais il prend aussi une dimension affective, émotionnelle. Quand on connaît le producteur, ses particularités, ses galères, il s’établit un respect du travail bien fait. On prend aussi conscience qu’on ne peut pas détourner les yeux des problèmes actuels. Désormais ça me frappe que la viande Charal ou autre soit emballée dans deux poches plastiques. Je ne peux pas me résoudre à jeter des aérosols dans la poubelle sous prétexte que je n’ai toujours pas compris où cela se trie. »

Comment vois-tu l’avenir de l’agricole? 

« – Je ne veux pas faire de plan sur la comète car je ne suis pas du tout renseignée sur la question donc je répondrais partiellement. De l’anecdote précédente je déduis que l’avenir de l’alimentaire et de l’agriculture dépend de l’intérêt du consommateur à savoir ce qui se cache derrière le produit. Les outils numériques me semblent un moyen efficace pour que les producteurs s’adressent directement aux consommateurs. On voit beaucoup de documentaires sur les producteurs du commerce équitable de café en Amérique Latine ; les producteurs français ont aussi intérêt à communiquer sur leur produits, leurs traditions, leurs terroirs, leurs difficultés. Cela permet de créer du lien, numérique certes, mais aussi tout simplement de mettre des visages sur des individus. Nous avons tendance à les mettre tous dans le même panier : une masse informe, révoltée et déterminée capables de lever une armée de tracteurs et de marcher jusqu’à la capitale pour crier scandale. Cette Jacquerie moderne montre qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire. En tant qu’étudiante en master de communication, je recommanderai une communication via les réseaux sociaux qui permettrait de montrer le dessous des cartes. Je pense que les producteurs ont tout intérêt à jouer la carte de la vérité s’ils veulent interpeller. Cette communication digitale permettrait aussi de donner au consommateur toutes les clés pour choisir le produit dont il a besoin et le modèle économique qu’il souhaite favoriser. Une boîte d’œufs élevés en plein air en Pays de Loire qui me propose une chaîne Youtube j’achète car je suis curieuse ! »

La curiosité de Marie m’a complètement intéressé lors de notre rencontre …