TROIS VILLAGE AU LAOS

noymalianna


A moins de cent kilomètres au nord de Luang Prabang, j’ai vécu comme les laotiens pendant quelques jours, au coeur d’un village traditionnel, comme tant d’autres dans ce pays. Je vais vous raconter mon immersion, mon ressentit, et vous plonger dans ce pays si peu connu.

La ville de Luang Prabang est une magnifique cité réputée pour son histoire et son charme pittoresque, et reconnue au patrimoine mondiale de l’UNESCO. C’est ici que j’ai commencé cette aventure par diverses recherches dans les agences de voyages pour vivre une expérience unique dans un village Laotien. L’inconvénient des endroits touristiques, c’est qu’on vous vend des activités peu authentiques, et au prix fort. C’est ainsi que j’ai trouvé sur un blog voyage, le récit d’une fille qui avait été accueillie dans un petit village, non loin de là, et qui proposait un unique bungalow à louer avec quelques activités.

Au programme de cette expérience : la visite du village principal, un village Hmong, et un autre traditionnel moins développé. Mais aussi d’un trek dans la jungle ! Le tout accompagné d’un guide francophone.

C’est donc ainsi que j’ai quitté Luang Prabang, direction Simunkun, accompagnée de mon guide Sinh (un jeune Laotien qui a parle un excellent français). Nous parlons durant les deux heures de route de divers sujets: politiques, économiques, sociaux, … Ce fut intéressant de pouvoir échanger avec un Laotien aussi cultivé que lui. Malgré qu’il a peu voyagé, son ouverture sur le monde, et sa connaissance m’a épatée ! Il m’apprit par exemple qu’au Laos le système politique est assez complexe : anciennement pays communiste, est devenu démocratique depuis 1975 seulement. C’est pourquoi l’on retrouve sur les bâtiments administratifs les drapeaux communistes, la faucille et le marteau, ce qui est étonnant pour une démocratie n’est-ce pas ? Il me raconte également que l’agriculture est très importante dans le pays. La majorité des habitants ayant un pied dans le monde agricole, mais cela tend à se dissiper, comme dans le reste du monde (globalement) avec l’exode rurale, surtout auprès des nouvelles générations. Autre point fort qui fut abordé, l’investigation de la Chine dans l’économie du pays. En effet, depuis quelques années, Sinh remarque que les chinois investissent de plus en plus dans l’infrastructure nationale : construction de routes, de barrages, installations électriques, etc… ce qui ne manque pas d’inquiéter certains citoyens. Outre le développement que cela apporte, la crainte est suscitée par le contrôle que peut avoir une puissance extérieure sur leur pays.

Nous voilà au village, après 5 kilomètres sur une route de terre. C’est une vingtaine de maisonnettes en bois ou parpaings qui s’offrent à nous. Les poulets et les vaches y sont en liberté. C’est un endroit folklorique où je me demande si je suis bien dans le village le plus développé. Mais malgré cela, ici règne un bonheur ambiant, où tout le monde semble ne manquer de rien. Mais la journée est déjà bien entamée, je regagne mon bungalow, plutôt cosy, et rencontre mon hôte Noy. Elle partage sa maison avec Mali, sa petite fille de 4 ans, et Papaye, un adorable golden retriever. Nous dînons tous ensemble, avec quelques amis et cousins à elle, avant d’aller se coucher.

Le lendemain, nous ne perdons pas de temps, et embarquons dans une pirogue locale, mais à moteur tout de même, pour remonter la rivière et aller visiter les villages en amont. L’équipage se compose de ma guide Noy, d’un ami à elle à la barre, et de son cousin, handicapé moteur mais pas immobile pour autant à la proue. Première mésaventure au bout de quelques centaines de mètres : le moteur lâche, nous laissant à la merci du fort courant. Nous arrivons à redescendre sans encombre jusqu’au village de départ pour faire les réparations.

Nous arrivons, à la deuxième tentative, au premier village. Il s’agit d’un village laotien traditionnel. Éloigné à des dizaines de kilomètres de toute route goudronnée, le temps semble s’y être arrêté. Ici vivent environ 300 personnes tout de même. Les maisons sont quasiment toutes en bois, particulièrement en bambou. Chacun à sa place, son métier. On rencontre une vieille femme qui file le coton, avec dextérité et rapidité. Elle nous fait une démonstration, nous montre les différentes étapes de conception jusqu’à la coloration ! Elle m’offre une petite dizaine de bracelets de coton, censés me tenir chance, et à offrir à mes proches pour les protéger également. On continu la visite à travers les allées à peine délimitées. Au détour des maisons, nous nous servons dans un peu tous les arbres fruitiers que nous rencontrons. Découvertes culinaires plus ou moins réjouissantes ! Je fus étonnée de constater qu’ici les fruits encore dans les arbres n’appartiennent pas à quelqu’un en particulier, chacun se sert selon son appétit. Voyez cela comme un distributeur collaboratif autonome et 100% frais !

Nous croisons des enfants, des vieillards, des paysans, des mécaniciens, mais aussi quelques moines. Mais là où nous croisons le plus de personnes est au bar, tous devant l’unique télévision du village (les moines également).

Autre fait étonnant, malgré qu’ils aient peu de bien de consommation, de nombreuses maisons sont équipées d’un ou deux panneaux solaires, indispensables dans ce coin reculé pour s’éclairer la nuit. On croise aussi des cochons, des poulets, des petits potagers, qui garantissent, avec les arbres fruitiers et la rivière, un revenu alimentaire conséquent pour tout le village.

Nous continuons notre route, à travers un sentier, qui n’est autre que la route principale pour accéder au village. Après quelques petits kilomètres nous arrivons à un autre village. Plus développé celui-ci : les maisons sont quasiment toutes en briques ou parpaings.

Nous faisons encore un stop au bar du village pour déguster, encore une fois, un délicieux melon fraichement cueilli. Nous jouons avec les enfants, je leur offre même des bonbons (sous le conseil de Noy, bien que des stylos ou des cahiers auraient été plus utiles selon moi…). Nous passons devant l’école, elle est composée d’une seule grande salle, sans vitre. C’était les vacances scolaires, je n’ai pas pu assistée à une classe malheureusement. J’aurais bien aimé savoir comment les enfants étaient éduqués ici.

Nous reprenons la direction de la rivière, pour reprendre notre pirogue, où notre adorable équipage nous attend. Direction la dernière étape, le village Hmong.

Les Hmongs sont en fait une communauté de réfugiés, venue du sud de la Chine, du Vietnam ou même du Laos. Ils sont reculés et communautaires, ils ne parlent pas le Laotien, et se mélangent très rarement avec les autres ethnies.

Ce village est de loin le plus « pauvre » que j’ai pu visiter. Je mets ce mot entre guillemets, car comme quand on parle d’intelligence, il s’agit d’un point de vue. Et depuis ce point de vue, il est vrai que beaucoup d’enfants étaient dénudés, voir entièrement nus car ils manquaient de vêtements. Les maisons étaient de terre et de paille. Je ne pu m’empêcher de penser au conte des Trois Petits Cochons… Mais sinon, ils ne manquent pas de nourriture, ils ont leurs champs et leur bétail. Même si leurs techniques sont archaïques ils arrivent à produire. En revanche au niveau de la santé c’est rudimentaire, ils utilisent que les plantes médicinales. Je leur ai offert des médicaments de base, qui je suis sûre leurs seront plus utiles qu’à moi.

Contrairement aux autres villages visités, ici je me suis sentie gênée, on ne pouvait pas communiquer à cause de la langue, et on voyait bien qu’ils n’avaient quasi, voir même pas du tout pour les plus jeunes, vus de personnes blanches de leur vie. J’ai pris une photo avec mon polaroid et leur ai donné, ils n’avaient jamais vu de photos avant non plus.

C’était une rencontre bouleversante. Leurs sourires et leur accueil resteront à jamais dans ma mémoire.

Après cette longue et enrichissante journée, nous rentrons au village du départ, et retrouvons les autre habitants autour d’un verre. Ils n’ont pas grand chose, mais à la fois ils ne manquent de rien, et ils ont un coeur tellement gros, personne ne peut ne pas être ému par leur grandeur d’esprit.

Après une seconde nuit dans le bungalow, nous reprenons la pirogue pour la deuxième activité du séjour : le trek dans la jungle. Et c’est sous une pluie torrentielle que nous le commençons !

Équipée de mon super kway jaune poussin, je suis les pas de mon guide qui ouvre la voie à la machette. Au programme douze kilomètres de marche à travers les rizières et la jungle. Nous faisons quelques haltes quand la météo est vraiment trop mauvaise sous des huttes en bambou, ou le temps de déguster un morceau de canne à sucre, encore une fois, fraichement découpée.

Le passage le plus délicat fut sans conteste l’ascension de la montagne à travers cette foret dense et humide. La pente était raide, et je glissais à chaque pas. Nous avancions lentement mais avec prudence. C’est au sommet de celle-ci que nous arrivons dans un petit havre de paix : une clairière faisait place, où quelques rizières, papayers, et plantations de maïs trouvaient leur place. C’est une petite ferme, qui appartient à un des villageois. Nous nous abritâmes dans la hutte est déjeunons. Nous avons mangé du maïs grillé multicolore. Issue d’une semence paysanne, il est vrai que son goût était à tomber ! Mais aussi des gâteaux de riz gluants et de la papaye, et un plat délicieux préparer par Noy. C’est une cuisinière hors pair !

Dernière nuit au logement, accompagnée d’un apéro de ce qu’ils appellent « whisky Laotien », qui est en fait un alcool de riz distillé directement au bar du village, servi avec du sucre et une rondelle de citron. Nous mangeons encore un excellent repas, et je profite une dernière fois de pouvoir jouer avec Mali !

Ainsi, je suis agréablement surprise de ces villages, même s’ils ne possèdent pas une forte technologie et un confort moderne, ils semblent ne manquer de rien surtout de nourriture et réussissent à connaitre l’auto-suffisance. Le bonheur se dessine sur leurs visages et leur lien social est exemplaire, comme quoi l’argent ne fait pas le bonheur !