L’INTERVIEW PASSIONNANT D’UN FILS D’AGRICULTEUR

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Qui es-tu ?

Antoine Daudel, j’ai 23ans. Je suis actuellement en dernière année d’école d’ingénieur en Génie Mécanique et Industriel en alternance. Je travaille dans une PME à Lyon depuis trois ans, mon métier dans cette entreprise est équipementier pour la maintenance aéronautique.

J’aime beaucoup les sports extrêmes (bmx, vtt freestyle, moto et ski). En général j’aime tout ce qui provient de la culture urbaine mais je suis également un très grand amoureux de la nature et de ce qu’elle nous offre. En résumé je déteste le « mainstream ». 

Je tiens beaucoup à mes proches (famille et amis). C’est grâce à eux que je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui.

Mes valeurs, et celles que j’apprécie chez les gens sont : la franchise, l’honnêteté et l’entre-aide. Je ne supporte pas les personnes fausses et creuses.

Mes deux parents travaillent dans notre exploitation agricole. Nous sommes une famille de trois enfants. Je suis l’ainé ; j’ai un petit frère qui a trois ans de moins que moi et une petite sœur avec qui j’ai sept ans d’écart.

Mes parents vivent dans une maison juste à côté de la ferme (ce qui à mon goût n’est pas vraiment une bonne chose pour ce qui est de la séparation entre vie à la maison et vie au travail).

Qu’est ce qui a donné envie à ta famille de travailler à la ferme ? 

Mon père est un passionné, il ne pourrait pas travailler autrement. Il m’a souvent dit : « tu vois ici je suis libre, de toute façon, je ne peux pas avoir de patron et je ne veux pas être patron ». Ma mère n’était pas destinée à travailler dans une ferme mais elle aimait mon père et elle a fait le choix de travailler avec lui car il était difficile de faire autrement pour des questions familiales.

La ferme où mes parents travaillent actuellement est dans la famille depuis au moins trois générations. La ferme a été transmise de père en fils.

Peux-tu nous raconter l’histoire de la ferme et ses valeurs ?

Je ne suis pas très bien placé pour parler de cela car j’ai pris mes distances assez jeune avec le travail de mes parents, ce n’était pas ce que je voulais pour mon avenir, mais je pense que les valeurs de la ferme sont les miennes : le respect (surtout des anciens et de leurs connaissances), partage et entre-aide, et surtout, l’esprit de famille et les racines.

Pour ce qui est de l’histoire, il me semble que mon arrière-grand-père avait une ferme dans ce qui est aujourd’hui notre maison et l’exploitation s’est agrandi de génération en génération. Je tiens à préciser que mon grand-père et ma grand-mère ont commencé leur exploitation avec moins de dix vaches, aucune machine et aucun capitaux financiers. Mon père s’est ensuite installé très jeune et il s’est mis en GAEC avec ses parents. Aujourd’hui mes grands-parents sont à la retraite et mes parents travaillent ensemble en tant qu’associés.  

Que produisez-vous et quelles sont les techniques utilisées ? (Description de la ferme)

  • Production laitière avec 65-70 vaches allaitantes environ. Entre 120-130 bêtes au total.
  • Renouvèlement du cheptel par le cheptel, c’est-à-dire que mes parents sélectionnent les génisses issues des naissances à l’intérieur du troupeau. Production annexe de veaux de boucherie, suite aux naissances de mâles. Pas d’achat de vache provenant de troupeaux extérieur.
  • Pour ce qui est des techniques : insémination artificielle pour les naissances et pour le travail des champs : utilisation des moyens traditionnels (tracteurs et différents outils agricoles aux normes) relativement récents. Utilisation de clichés satellites pour la délimitation des parcelles. Pas d’outil informatique pour le contrôle des cultures. Utilisation de système automatisé pour la distribution de céréales et condiments (self-service rationné), utilisation de logiciel pour un calcul personnalisé des rations. Racleur de l’aire paillé automatique. Les vaches vivent en plein air et rentrent tous les soirs à la ferme (aire paillé). Elles restent à l’intérieur l’hiver et sortent au printemps dès que les conditions le permettent.

Comment voyez vous le futur de la ferme ?

Mon petit frère devrait reprendre la ferme et donc y amener de nouvelles idées et techniques comme cela fonctionne depuis des générations.

Je ne m’implique que très peu dans ces discutions.

Que penses tu de la ferme des mille vaches ? Pourquoi ?

Je n’ai pas vraiment d’avis sur la question si ce n’est que cela n’est pas envisageable dans ma région d’origine (l’Auvergne). Je ne pense pas que ce soit une bonne chose sur le plan qualitatif mais je ne pense pas que cela soit une mauvaise chose pour donner du lait à tout le monde. Pour moi le débat est plus profond, il s’agit de comment la population veut vivre et consommer dans l’avenir. J’entends par là que si les gens veulent rester dans l’idée d’avoir un produit toujours moins cher en fermant les yeux sur la qualité, la provenance et l’impact de leur mode de consommation sur le monde, oui la ferme de mille vaches est une solution.

Je pense juste que la qualité du lait produit (ou comme tout autre denrée alimentaire)  devrait être plus valorisée. Cela afin de permettre aux petites exploitations (comme celle de mes parents), qui produisent en qualité, de vivre plus dignement.

Peux tu nous expliquer le problème avec les distributeurs ? Penses-tu que c’est une conséquence Européenne également ? Le Brexit va t-il avoir un impact ?

Je ne suis pas un expert mais pour moi le problème est simple : les intermédiaires finaux font des marges hallucinantes par rapport à la valeur ajouté qu’ils apportent au produit. On devrait valoriser la création de valeur et de la valeur ajouté au produit, et non le service de distribution à 80%. De plus les modes de consommation tendent à la centralisation : le supermarché ou l’hypermarché. C’est une dictature de marché qui est difficilement contournable.

Bien sûr, je pense que l’Europe a fait de très bonnes choses dans l’agriculture mais elle a aussi apporté à mes yeux l’instabilité du marché français et la concurrence déloyale (par rapport à l’inégalité des normes, des charges… pour finalement retrouver le lait dans les même cuves et donc dévaloriser le travail réalisé en France).

Je ne pense pas que le Brexit va avoir un impact direct sur l’agriculture française mais plutôt sur le marché économique global et je ne peux me prononcer aujourd’hui sur le futur de l’Europe sans le Royaume-Uni.

Comment vois tu les jeunes dans l’agriculture aujourd’hui ? Et les femmes ?

Courageux et ambitieux, voir même suicidaires. Je dis cela car il faut investir toujours plus sur toujours plus longtemps (endettement) pour arriver à un niveau de vie similaire qu’il y a vingt ans.

Pour moi les femmes ont toujours fait partie de l’agriculture. Je ne fais aucune différence.

Si tu devais dire quelque chose aux jeunes et aux femmes pour travailler dans l’agriculture, que leur dirais-tu ?

Personnellement je ne sais pas, chercher du sens à ce qu’ils font, aller du côté de l’innovation sans avoir la folie des grandeurs (pas d’investissement trop lourd), de la recherche du « bon sens » et du retour à la raison pour la Terre et les générations futures.

Penses-tu reprendre la ferme familiale ?

Non car pour moi c’est un travail qui doit être avant tout une passion. L’exploitation laitière demande beaucoup de sacrifices personnels, c’est le travail dans une vie et pas une vie dans le travail que je souhaite.


Je remercie Antoine d’avoir répondu à mes questions.