CHIANG MAI ELEPHANT SANCTUARY

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Lors de ma dernière étape en Thaïlande, dans la ville de Chiang Mai, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ces animaux tant vénérés ici, et pourtant sources de polémiques : les éléphants d’Asie. C’est parti pour la visite du Chiang Mai Elephant Sanctuary !

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Ce camp d’éléphants se situe à deux heures de route de la ville, dont la moitié est un chemin de terre très accidenté dans les montagnes. J’ai choisi de découvrir celui-ci pour plusieurs raisons : la première étant forcément le budget, comptez un bon 40 euros pour la journée, alors que d’autres proposaient des tarifs exorbitants ou au contraire un tarif trop faible pour avoir confiance… (Il faut savoir que c’est cet argent qui permet aux animaux d’être dans de bonnes conditions.) Mais la raison principale était les avis ; en effet, en Thaïlande il y a encore beaucoup de maltraitance sur ces pauvres pachydermes, et il était inconcevable pour moi de visiter un camp de tortionnaires ! Par exemple, on sait que de nombreux éléphanteaux sont maltraités dès leur naissance pour pouvoir offrir aux touristes la possibilité de faire une balade sur leur dos, ou encore les voir jouer au football… Mais aussi car nous étions un petit groupe, à savoir quatre personnes pour trois éléphants !

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Pas de riding ici, ni de bullhook (une sorte de matraque équipée d’une pointe et d’un crochet, pour matter l’animal), ni de chaînes. J’ai pu observer ce genre de pratiques à Ayutthaya, où les éléphants, vêtus et équipés d’un siège, portaient des familles entières de touristes à longueur de journée, et ce en plein soleil. Les éléphants d’Asie aiment pourtant l’ombre, leur milieu favori est la forêt dense, où ils peuvent s’abriter et manger à profusion. Ils ont l’habitude de marcher en revanche, mais sans leste sur leur dos, et encore moins à coup de crochet pour se diriger…

Mais la domestication de ces animaux ne datent pas d’hier, ils étaient déjà domptés bien avant l’arrivée des touristes. Contrairement aux idées reçus, ils n’étaient pas utilisés pour les batailles (ou très peu, souvent pour tirer des engins de guerres ou seulement effrayer les ennemis), mais principalement pour le trait (bardage des arbres) ou tout simplement comme moyen de transport.

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Avant même d’arriver sur place, je me pose une question : Est-ce considéré comme un élevage ?
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C’est vrai, bien que cela soit très loin d’un élevage de poulets ou de lapins, il s’agit bien d’animaux domestiqués, qui sont utiles à l’homme (pour le tourisme, mais quand même), et d’un endroit où ils se reproduisent ! Mon guide n’a pas su me répondre – je crois surtout que pour lui « élevage » est forcément péjoratif et il ne voulait pas discréditer son commerce…

IMGP5237Me voilà arrivé sur place. C’est un petit hameau composé de quelques maisonnettes et huttes en bambou, à flan de colline. Nous commençons notre journée par enfiler une tenue traditionnelle Karen ! Puis nous concoctons, à l’aide d’un mortier, une pâte médicinale enveloppée ensuite dans une feuille de bananier pour le petit déjeuner des éléphants : riche en nutriments, elle fait office de « barre vitaminée », en plus ils adorent ça.

E13934962_1071989279557650_6225500946477749822_nnsuite le moment tant attendu : la rencontre avec les éléphants du camp. Trois jolies femelles nous attendent à l’ombre des arbres. On sent dans leurs yeux qu’elles ont compris, l’heure du repas arrive ! On reconnait facilement une femelle d’un mâle à la taille de ses défenses, aussi par leur taille mais c’est moins évident quand pour des novices comme nous. On leur donne d’abord à manger la petite préparation « maison » directement dans leur gueule – pour se faire, on lève le bras et on leur dit « Baun ! », l’effet est immédiat, elles soulèvent leur trompe et ouvrent leur gueule !
Pas le temps de mâcher,
c’est une petite sucrerie pour elles comparée à leur taille. D’ailleurs un éléphant adulte mange environ 200 kg de végétaux par jour ! Ayant donc de la marge, on leur donne des concombres, en très grande quantité. Cette fois-ci en revanche, on leur donne également dans leur trompe. Elles saisissent les cucurbitacées avec une dextérité impressionnante, elles les enroulent soit avec le bout de leur trompe, soit elles utilisent leur « doigt » à l’extrémité nasale, car leur trompe leur sert aussi de main. Puis vient le tour des cannes à sucre. Là pas besoin de nous, elles attrapent les branches et les balancent de gauche à droite avec force et rapidité pour les casser, puis les engloutir : elles adorent ça. D’après le guide, leur aliment préféré reste les bananes, malheureusement ce n’était pas au menu du jour.



Après les avoir nourris généreusement, il est l’heure du bain de boue. C’est donc la séance spa pour elles, et pour nous ! On les badigeonne de boue, elles se roulent dedans (attention aux pieds), elles ont l’air d’aimer. On ne manque pas non plus de se jeter de la boue… Après s’être bien salis, il faut se nettoyer, alors direction la rivière. Nous suivons le pas des éléphants, ils connaissent mieux les environs que nous.

13876507_1072013199555258_7221329776967273101_nNous y voilà, dernier instant en leur compagnie, mais pas des moindres. Nous les lavons au sceau d’eau tandis qu’elles nous lavent avec… leur trompe ! Grand moment d’amusement et insolite. Je ne suis pas sûre de reprendre une douche pareil un jour !

Nous leur disons au revoir une dernière fois. Puis nous nous dirigeons sans elles vers une magnifique cascade en aval. C’est sur ce sentier que je me suis arrachée un ongle d’orteil ! Un accident bête mais vite arrivé quand on se balade pied nus en forêt… Cela ne m’a pas plus dérangé que ça, mis à part pour me baigner dans la cascade, mais au moins je  ne suis pas prête d’oublier cette journée incroyable !


Viens la fin de la journée et l’heure de quitter le camp, à mon grand regret je n’ai pas pu garder la tenue Karen. Je décide de faire le trajet du retour à l’arrière du pick-up avec notre guide, histoire de lui poser quelques questions sur les éléphants et l’agriculture en Thaïlande. Notamment comment nourrir trois éléphants ? Comment se reproduisent-ils ? Le traitement des éléphants s’est-il amélioré ? Servent-ils encore à autre chose que pour le tourisme ? …

Le camp est un véritable micro village, et possède plusieurs champs aux alentours : des cannes à sucre, des bambous, et autres herbes, destinés aux éléphants. Mais leur consommation étant trop importante, ils sont obligés d’acheter le reste au marché, notamment les concombres et autres légumes. Ensuite, les éléphants ne sont pas attachés, donc lorsque vient la saison des amours, ils peuvent parcourir des kilomètres pour se reproduire ; mettant parfois les propriétaires dans une situation délicate pour les retrouver ou les gérer, heureusement ils ne sont pas petits et passent difficilement inaperçus. La période de gestation, par contre, est longue : environ 20 mois. Concernant la maltraitance, elle n’a pas disparu partout, mais de plus en plus de lois protègent ces animaux. Mais aussi, les touristes sont devenus plus responsables face à ce genre de pratiques, et préfèrent payer un peu plus cher pour voir ces animaux dans de meilleures conditions. Donc l’un dans l’autre, (mais depuis peu de temps,) la condition des pachydermes évolue en Thaïlande – Chiang Mai et ses dizaines de camps ou centres de soins font office d’exemple pour le reste du pays. Et il faut que se soit avant tout les touristes qui réagissent, et qu’ils soient plus conscients lorsqu’il s’agit d’attractions dépendantes des animaux, car aujourd’hui les éléphants domestiques ne servent qu’au tourisme, leurs autres rôles ayant été dépassés par l’industrialisation…



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Mo Lampo & moi vous faisons de gros bisous !