TROIS MUSÉES EN CORÉE

musees-coreeMaquette d’un village préhistorique Coréen

Lors de mon voyage en Corée du Sud, j’en ai profité pour visiter différents musées : deux liés à l’agriculture, et un à la pêche. Tout d’abord, point très positif, ici les musées sont gratuits. Ce qui témoigne du souhait de transmettre la connaissance aux jeunes générations ; d’autant plus qu’ils avaient toujours plusieurs espaces ludiques pour les enfants.

Premièrement, le musée de l’agriculture de Mahpo, qui est gigantesque ! Il y a quatre bâtiments aux allures de temples et de maisons traditionnelles, plusieurs serres et un grand jardin (où il y a une reconstitution d’un village agricole d’antan avec ses machines). Je fus agréablement surprise, dès mon arrivée, par le budget qui est accordé à un pareil musée ; je me demande si en France nous avons un équivalent, pour le secteur agricole pourtant si important.

Le début de la visite commence par la partie historique, et donc, la préhistoire ! Il y a d’incroyables maquettes de villages reconstitués d’après les fouilles archéologiques. On y apprend que le riz a commencé à être cultivé très tôt : depuis la préhistoire, mais aménagé réellement depuis l’ère des Trois Royaumes. Et que l’utilisation des boeufs, pour le labourage, a fait sont apparition également très vite, comme en Europe.

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La première « Green House »

On remonte ainsi le temps, traversant époque après époque. Saviez-vous que la première serre, la « Green House » qui n’est ni de vitres ni de bâches, mais bien une maison de terre et de paille, a été construite en 1450 en Corée ? (Le musée ne se prive pas de le dire, et dénonce les allemands de s’être attribués l’invention un peu trop tôt…). Hormis les outils classiques, ce qui sort vraiment de l’ordinaire pour des européens, sont leurs systèmes d’irrigation. En effet, le paysage étant sculpté en terrasses depuis des siècles, et même millénaires, notamment pour cultiver le riz, il faut inonder régulièrement ces bassins. Il existait plusieurs techniques : l’une s’apparente à une grande cuillère en bois, d’environ 3 mètres de long, suspendue sous un trépied au dessus du ruisseau. L’agriculteur pouvait ainsi, par répétitions frénétiques, transporter de l’eau du courant aux champs. L’appareil était mobile, ce qui en fait un véritable atout pour remplir terrasse par terrasse. L’autre méthode, plus surprenante, était une grande roue, toujours installée sur un petit cours d’eau limitrophe aux plantations ; où l’agriculteur montait dessus. Il lui suffisait de marcher (à rythme régulier) pour actionner la roue, et donc déplacer l’eau. J’ai d’ailleurs pu expérimenter cette méthode, dans l’espace extérieur du musée de Mahpo ; ce qui m’a plutôt amusée, mais je comprends très vite que cette technique, bien que très efficace, est physique et devait être éprouvante pour le fermier après des journées à pédaler…

Autre point historique intéressant : l’agriculture est un monde festif. A chaque saison sa célébration ! Et après chaque récolte on re-fête ça ! On apprend que toutes ces cérémonies sont faites pour rassembler les agriculteurs, pour éloigner toutes rivalités, car ce métier est avant tout humain, et qu’il faut rester solidaire. Si un voisin a eu des difficultés cette année, comme de mauvaises récoltes, il faut l’aider et partager son labeur. Car quand sera venu notre tour d’avoir de mauvais résultats, on pourra compter sur ses amis.

Le musée de Séoul, présentait plus ou moins la même chose, mais là où il se différenciait pour la partie historique, était la reconstitution d’une place de marché animée par des pantins de cires. On s’imagine donc facilement les différents métiers et produits issus de l’agriculture/alimentaire à cette époque : tisseur, cordonnier, poissonniers, boulangers, …

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Mes essais des techniques d’irrigation d’antan !.


Ensuite deuxième partie commune à ces deux musées : l’histoire moderne à nos jours, et (plus pour Seoul que Mahpo) l’avenir de l’agriculture en Corée.

En 1954 la Corée connaît la « Revolution Blanche » (développement des serres plastiques en grand nombre, particulièrement pour les fruits et les fleurs), juste après la « Guerre de Corée » (et donc la séparation en deux Corées définitives), puis en 1970 la « Revolution Verte » (première fois de l’histoire qu’elle fût autosuffisante point de vue alimentaire, grâce au riz Tongil principalement). Ainsi la Corée a fait d’énormes progrès depuis les 70 dernières années, et montre un point intéressant sur leur volonté de s’auto-suffir. Notamment la dépendance aux Japonais et aux Chinois qui est à éviter à tout prix, le passé leur a déjà causé trop de mal.

Vient donc l’apparition des coopératives agricoles, censées entretenir le bon développement et de réguler l’échange des ressources à l’international mais également au sein de l’Etat. L’essor arrive avec The Nonghyup, qui est une fédération de coopératives agricoles, créé en 1960. Cet organisme s’occupe de 50% des ressources rurales du pays !
On apprend également qu’aujourd’hui l’agriculture se modernise par les recherches scientifiques (des analyses et contrôles en laboratoire), l’utilisation de drones, et évidement l’industrialisation et l’automatisation des chaînes de production et de distribution. Une Corée toujours plus à la pointe, toujours spécialisée dans le riz qu’elle exporte principalement en Asie, Amérique du Sud, Afrique et Europe, mais pas que. L’élevage est également grandissant, tout comme les exploitations fruitières et les pépinières de fleurs.

La Corée est toujours visionnaire et optimiste pour les futures années. Elle souhaiterait être auto-suffisante dans le plus de domaines, cherche et recherche par la science des moyens de faire évoluer rapidement son agriculture. En revanche on n’entendra pas parler d’OGM dans les musées, malgré The Nonghyup qui semble s’inspirer des grosses firmes américaines dans la technique de communication (monopole, mascotte, …).
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1. Jardin du musée / 2. et 3. Reconstitution d’un marché / 4. Maquette des cérémonies.


Concernant le dernier musée, celui de la pêche à Busan, je suis un peu plus mitigée. En effet, malgré qu’il était immense, et très bien aménagé, il n’y avait aucune information en anglais ! C’est un peu délicat pour en parler donc. Mais je vais décrire ce que j’ai vu.

Outre les quelques aquariums, dont certains ouverts, comme ceux des étoiles de mers ou des Garra Rufa (vous savez, ces petits poissons « nettoyeurs » utilisés dans la fish-pédicure !), le musée n’a rien d’un aquarium ! On y retrouve, sur le même principe que les précédents : des maquettes (par exemple de coupes verticales, montrant le fond de l’océan, la côte, et les bateaux de pêche en surface), des outils comme les différents filets de pêche, des vidéos interactives, et même un bateau transformé en musée du coquillage et des oeuvres d’art sur le thème marin. On passe même par des succursales, des couloirs, plongés dans le noir et décorés de peintures sous-marines phosphorescentes ; magnifique ! Et bien entendu, il est également gratuit.

Le musée est très ludique ; les quelques enfants que j’ai croisé s’intéressaient du coup énormément aux jeux éducatifs. Il y avait tout de même des informations qui semblaient très techniques, mêmes pour des pêcheurs ; mais pour moi les jeux d’enfants étaient déjà complexes à comprendre ! Le musée compte une vingtaine de salles, on y passe facilement 2 heures pour faire le tour. On comprend l’importance de la pêche et de l’algoculture (culture des algues) pour ce pays entouré aux trois-quarts d’eau. En revanche rien d’original quant-aux techniques de pêche comparées à la France ; enfin ceci d’un point de vue amateur, je ne connais pas toutes les subtilités de ce métier si important !
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1. Squelette de baleine / 2. et 3. Maquettes / 4. Un aquarium ouvert